29/11/2004

         J’étais

         J’étais monté dans mon grenier, pour retrouver ma collection de pierres. Les revendre à la brocante du quartier serait peut-être une bonne affaire… Elle étaient rangées, depuis plus de vingt ans dans cette caisse en carton moisie, rongée. Je trouvai la boîte à côté de la porte, sous une grosse couche de poussière, entre mes cours de primaire et… Comment s’appelait-il déjà ? Ses poils étaient doux, ses yeux aussi, son nez s’était décollé, je me rappelle, c’était lorsque mon père avait marché dessus alors que je jouais avec par terre, dans ma chambre. Je le pris en main, regardai ses yeux, caressai son poil devenu terne et gris. Je le retournai.

         Un choc se fit entendre l’étage d’en dessous. Qu’est-ce que c’était que ce bruit ? Elle est montée voir. Il était couché à terre, pris de spasmes, le visage blanc, les yeux grands ouverts. « Chéri, calme-toi ! Je suis là ! ». D’autres pas dans l’escalier « Maman, il a quoi papa ? » « Encore une crise, appelle le docteur ! »

         Par terre, un ours en peluche, déchiré dans le dos, d’où sort une matière moelleuse et légère, comme de l’ouate. Son nom… Mais oui, c’était Papa !

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fatigue

Ses hurlements l’avait réveillée, encore une fois, comme si seize fois dans la nuit n’avait pas suffit. La jeune fille sort un pied de ses draps, et puis l’autre, laisse glisser ses jambes en bas du lit, et relève le torse. Quand elle pense que c’est elle qui a fait ça, cette petite chose qui braille sans s’arrêter, ne lui sourit jamais, c’est à peine s’il la regarde. Peut-être que ça aurait été différent si ce gosse avait eu un vrai père… Elle n’en sait rien. Et il continue de hurler. Est-ce qu’un jour ses poumons se videront pour ne plus jamais se remplir ? Peut-être que ce serait mieux. Lentement elle se dirige vers le berceau, est-ce qu’un jour il va cesser de la rendre sourde ? Elle voit sa tête hideuse, rouge, humide, des cheveux crépus, des petits bras qui gesticulent en tout sens, ses regards vides. Mais que veut-il encore ce gosse ? Il ressemble déjà à son père, comment cela est-il possible ? Elle ne veut pas revoir son visage, ce visage à l’expression avide, ce regard absent, neutre, qu’elle n’a vu que pendant qu’il… Enfin il s’arrête de pleurer, définitivement elle l’espère. D’où vient ce sang qu’elle a sur les mains ? Elle ne comprend pas.

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28/11/2004

souvenir

-Depuis le temps que j’attendais ! Est-ce que ça va ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Où as-tu traîné ? Je m’inquiétais ! Mais parle-moi chéri !

Que pourrais-je lui dire… Je roulais trop vite, beaucoup trop vite, un chien a déboulé, je n’ai rien pu faire. Tout s’est passé en moins d’une seconde. Le gosse courait derrière son chien échappé du jardin. Qu’aurais-je pu faire ?

-Mon Dieu ! C’est quoi ce sang sur la capot ?

 

Encore ce mauvais rêve, ou souvenir. Il ne sait plus. Il dort sous un pont, sur des bouts de carton, bouteille à la main. Il ne comprend pas. Fait-il nuit ? Fait-il jour ? Est-il seulement un homme ? Il voit sa femme, à deux pas de lui. « Tu as écrasé un gamin ! » dit-elle.

 

-Regarde cet homme ! Il parle à un caillou ! dit une voix.

-T’en fais pas, dit une autre voix, ça fait six mois qu’il est là, il est pas dangereux.

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