10/02/2005

un jour dans un tram

Ce jour-là il pleuvait. De la tête aux pieds nous étions trempés, mais nous n’avions pas froid. Blottis l’un contre l’autre, nous étions bien, on ne parlait pas, on ne riait pas. Une parole aurait tout gâché. Ensuite la pluie s’est arrêtée, on est restés comme ça jusqu’à l’aube. On avait passé la nuit sous cet abris-bus, comme des cons, oui, nous étions jeunes. Quand le bus est arrivé, tu as effleuré ma main. Ca n’a pas été plus loin. Je suis repartie. Je te revois aujourd’hui, dans le tram, tu es assis en face de moi, tu m’as regardée une seconde mais tu ne m’as pas reconnue. C’est peut-être mieux ainsi… Tu aurais découvert que j’ai changé, maintenant je me maquille, je m’habille bcbg, je suis patronne d’une grande entreprise, je suis mariée et que j’ai trois enfants , et quelques rides apparaissent sur mon visage fatigué. Tu aurais été déçu . Ado, on s’était dit qu’on partirait loin, qu’on tiendrait un petit resto sur une plage, qu’on serait libres et sans enfants, ivres de la vie, rebelles, idiots. Nous aurions dû nous revoir, tu avais mon téléphone, j’avais le tiens, nous avions des rêves à réaliser, des idéaux à poursuivre, nos mains devaient se rejoindre. Que s’est-il passé. Toi, qu’es-tu devenu ? Artiste ? Reporter ? Explorateur ? Marin ?  Tes yeux ont toujours la même lueur, tes cheveux en broussaille et ta bouche rieuse sont un appel à l'amour. Tu n’as pas de bague au doigt, tu n’as pas de costume d’homme d’affaire, tu as gardé nos principes d’adolescents. Toi tu n’es pas devenu adulte. Tu as vu quelque chose dehors, ou quelqu’un. Tu te lèves, souriant, tu vas vers lui. Qui est-il ? Sa main prend la tienne. Vous-vous embrassez. Les portes du tram se referment.

22:50 Écrit par tiens-c-est-qui- | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |